Economie

quel indicateur de "réussite économique" ?

Par INES CUSSET, publié le jeudi 28 janvier 2016 09:34 - Mis à jour le vendredi 27 mai 2016 17:05

compte-rendu rédigé par Sixtine Candelier, EC1 


18 au 21 janvier 2016 - France Culture - Dominique Rousset - Les Carnets de l'économie

Invité : Marc Guillaume
membre du Cercle des économistes et éditeur (Editions Descartes)

 

émission du 20 janvier: Mesures du PIB : « plus » n’est pas « mieux »

  • Le PIB : Façon de mesurer la réussite économique : très utile, indicateur très simple du chômage et assiette fiscale : donne une idée pour un Etat des moyens de son pouvoir, c'est-à-dire du budget militaire ; c’est aussi un moyen de mesurer l’adéquation sociale (relation PIB & dépenses sociales telles que des  dépenses de santé  plus importantes, de même pour le patrimoine, la culture. La vie collective peut être améliorée avec un PIB conséquent.             
  •  Cependant : le « plus » de la croissance est impossible, la croissance exponentielle = explosion : croissance rapide, explosive, donc impossible. La croissance s’arrêtera toute seule (croissance matérielle) ; le PIB doit donc être adapté à d’autres conditions de vie, d’autres qualités de vie, d’adéquations de vie, de conditions sociales et culturelles pour que la croissance continue.
  • l’industrie médicale : 18% PIB des USA est dépensé en soins de santé, mais pourtant ce n’est pas le pays qui se porte le mieux. Le financement public est comparable aux pays européens, (7/8 % du PIB). Les dépenses de santé sont prises en charge par des individus (assurances…). Les américains ont réalisé que c’était un moteur de leur industrie (comme les technologies  militaire autrefois). Il y a donc un impératif industriel à ce nouvel indicateur remplaçant ou complétant le PIB. Ce que nous souhaitons c’est la vie, vivre plus longtemps, dans de meilleures conditions, librement, et pour ça il faut un nouvel indicateur associé à cette nouvelle croissance.
  • Dernière critique : le PIB est très mauvais pour cerner l’innovation (dans les économies les plus avancées). De + en + la société civile devient une force productrice défiscalisée, avec une production de services. Il va falloir une adaptation, pour comprendre comment une forme de  développement qualitatif prend le relai d’une croissance matérielle comme nous la connaissons. Le PIB est insuffisant, bien que très utile.

 

émission du 18 janvier : Santé : les limites des études économiques

  • La santé dans le développement et la croissance : pas si bien servie : L’économie de la santé = secteur le plus important en terme de PIB et d’emploi, avec une croissance annuelle de 3%, (représente 20% PIB des USA).
  •  Secteur  étudié à moitié : pas d’institution politique qui gère les deux versants :  Le ministre de la santé gère en fait le financement de la santé, il n’y a pas de ministère économique de la santé, donc  déséquilibre structurel.
  • « La santé n’a pas de prix », difficile à quantifier, à évaluer. C’est un bien très particulier. Elle a un coût, dont l’analyse est facile. Mais l’expression a 2 sens : le prix est très élevé, si bien qu’il ne peut pas rentrer dans l’économie. Réfléchir au problème de la santé c’est réfléchir au problème de la vie, les économistes sentent qu’ils sont à la limite de leurs capacités.
  •  Il reste donc une sorte de tache aveugle de la réflexion économique au niveau le plus abstrait, conceptuel, philosophique. A partir du moment où on pressent que la santé est essentielle, la plupart des sociétés vont considérer que tous doivent y avoir accès de façon égale. Le marché ne s’applique plus, il faut faire un prix pour chacun d’où la logique d’assurance et d’assistance. Une armée d’économistes va essayer de réduire les coûts de la santé dans ce cadre-là.

 

émission du 19 janvier : Pour une approche innovante du secteur santé.

  • Exemple des partenaires européens : comparaison intelligente : dans les systèmes Bismarckiens, on paye la santé à partir de certaines ressources individualisées // systèmes Beveridge, on a un financement par les impôts.
  •  Le "trou de la sécu" est mesurable, mais en réalité il n’y a qu’un déficit public. Il faut tenir compte des partenaires qui n’ont pas le même système et se débarrasser d’une approche trop comptable.Le système de santé publique français est plébiscité dans le monde; on nous l'envie partout. Il faut cesser de s'autoflageller sans arrêt. 
  • Financement : pas de loi du marché donc financement du côté de la demande, mais critique des offreurs qui se feraient payer par l’argent public ; en réalité : contrôle, réduction et régulation en permanence de façon bureaucratique alourdissent tout le système.
  • Le système de la franchise serait une bonne démarche, avec une articulation pour le financement public et privé, (exemple des pays du Nord de l’Europe à importer, pour préserver notre capacité d’innovation et de recherche).
  • Aujourd’hui tournant de la santé : Google qui promet d’arriver à séquencer le génome. La Chine rattrape aussi son retard : l’Europe a toutefois une belle place et il faut la garder, en mettant en place un système de recherche européen.

 

émission du 21 janvier : l'espérance de vie, indicateur d'avenir

  • Aujourd’hui, de nouveaux indicateurs sont à la mode (notamment indicateurs de bonheur). Marc Guillaume propose un indicateur unique car ce qui le dérange c’est qu’on en propose autant. On a essayé depuis les années 80 de mesurer le bonheur, le bien être.
  •  Mais on a réalisé qu’il n’y a pas beaucoup de rapport entre la croissance du PIB et le sentiment de bien être, mesuré de façon relative pour un individu, par rapport à ses aspirations, à celles de son voisin. Il faut « casser » le PIB (ou du moins ne pas en faire le seul indicateur). D’où la création par les Nations Unies de l’IDH (Niveau de scolarité, PIB/habitant et espérance de vie à la naissance) : il faut comprendre que cela reste une option (théorique et politique), assez raisonnable toutefois.
  • 2 inconvénients : les critères de mesures sont incommensurables entre eux et par rapport à ce qui se mesure (le PIB). On avancera lorsque face au PIB, que l’on réhabilite comme un indicateur qui se quantifie, il y aura un indicateur unique qui soit capable comme le PIB d’un effort de synthèse, un peu artificiel. Il faut que ce qui est incommensurable soit mis en avant : c’est la vie.
  • Un indicateur centré sur la vie, sur la durée de la vie, sur l’espérance de vie, et si possible sur l’état de santé des individus pendant la vie. Il faudrait enlever les années durant lesquelles la vie n’est plus tout à fait libre, les années en prison peut-être aussi, les années de dépendance. On aurait alors à la fois la mesure du pouvoir et un indicateur "d’adéquation". Un indicateur est au-dessus des autres, le PIB; l’autre est un indicateur "d’adéquation", "du pouvoir", et on pourrait même y ajouter la justice sociale. On pourrait rajouter des critères de la même manière qu’on l'a fait avec le PIB, à la seule condition que cela se résume en  un seul chiffre, clair et précis : l’espérance de vie.
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