Economie

"Plus je suis seul, plus je consomme; plus je consomme, plus je suis seul"

Par INES CUSSET, publié le vendredi 27 mai 2016 18:03 - Mis à jour le samedi 27 mai 2017 08:52

Les enjeux internationaux - 16 mai 2016

la synthèse a été rédigée par Mélodie Muller

l'invité : François Rouvillois, professeur de droit public à Paris-Descartes 

Déjà, à la fin des années 80, la notion de développement durable avait insisté sur la responsabilité humaine dans la protection de la nature et sur la solidarité entre les générations.
Aujourd’hui, on n’a pas besoin d’être écologique ou écologiste pour s’interroger sur les dégâts souvent irréversibles que l’homme provoque. Et l’on n’a pas besoin d’être marxiste pour dénoncer la société consumériste dans ce qu’elle a de pire : le culte de l’instant, ce que le pape François appelle « la culture du déchet », l’argent comme une valeur en soi voire comme « le » but, la recherche du profit pour le profit, la violence de la compétition, la technique facteur d’asservissement consenti (nous vivons dans un monde de plus en plus policier, paraît-il pour le bien de chacun), les conséquences vertigineuses de la révolution génétique.


Est-ce que l’encyclique « Laudato Si » et, plus généralement, l’Église catholique apportent quelque chose de plus à cette réflexion sur la destinée de l’homme et sur le sort de la planète ?  

Pourquoi s‘intéresser à cette encyclique ? 

Contrairement à ce que l’on pourrait penser il ne s’agit pas d’un texte de théologie mais d'un texte réellement politique et éthique car le pape pointe les causes notamment culturelles, intellectuelles, idéologiques de ce désastre écologique que nous ressentons tous. Il pointe des causes qui sont inattendues en insistant avec une démarche « anti-moderne » au sens philosophie du terme (idée de progrès, anthropocentrisme prométhéen). Au fond c’est la vieille thématique de Descartes qui est remise en perspective: l’homme "comme maître et possesseur de la nature". L'homme moderne considère que la nature n’a aucune valeur en soi et qu’il peut tout faire : l’asservir à sa guise, la salir, la détruire. 

Cette approche culturelle, cette dénonciation d’une ultra modernité catastrophique débouche chez le pape sur une vraie réflexion politique, elle relève d’un réalisme dans la mesure où il envisage les 3 dimensions de la question. 
• dimension locale
• dimension nationale, étatique : c’est à ce niveau que se trouve la souveraineté donc la possibilité de créer des normes et de les faire sanctionner
• dimension internationale :" le nuage radioactif ne s’arrête pas aux frontières"

Il faut envisager ces 3 dimensions simultanément car chacune sert la cause commune ; ces dimensions sont organisées selon le vieux principe de subsidiarité (classique de la pensée chrétienne). 

La condamnation d’une société individualiste 

Le discours qu’il tient pourrait très bien être tenu par des penseurs traditionnalistes comme par des penseurs libertaires ou d’extrême gauche. Il a des formules chocs quand il parle de la « culture du déchet » (le déchet est à la fois la nature et la vie de chacun) : les individus eux-mêmes sont jetables, pris dans une obsolescence programmée – cf. personnes agées. 
Il parle également de l’ « incivilisation » : idée l’involution, d’implosion qui faute de réfléchir à elle-même fini par renouer avec la barbarie. 

Derrière cette société de consommation il y a un retour au chaos, pire que le chaos originel (avant la création du monde). le texte évoque  la spirale de l’auto-destruction de l’homme car l’homme est obsédé par l’immédiat, et la linéarité dans le temps. L’homme ne réfléchit pas à ceux qui étaient avant lui, à ceux qui viendront après lui, il se concentre sur un présent éternel. Le résultat est ce que l’homme est dépossédé de ce qui fait son humanité, de ses valeurs, de la richesse de son environnement. C’est donc un homme replié sur lui même, il croit être mondialisé alors que c’est un atome provisoire. Dans cette masse chacun se trouve seul abandonné, l’homme essaye de combler le vide par une consommation de plus en plus frénétique .

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Catégories
  • Croissance et Développement du XIXe siècle à nos jours