Travail, logement, santé : priorité à la question sociale

Catégorie : Déséquilibres Régulation et Politique publique

Ce compte-rendu a été rédigé par Andréa Merle

France Culture — L’Économie en questions — Dominique Rousset — 4 mars 2017

les intervenants: Philippe Askenazy : directeur de recherche au CNRS et professeur à l’ENS
Pierre Madec : économiste à l’OFCE
Florence Jusot : professeur de sciences économiques à Paris-Dauphine et membre du Leda-Legos

les mots clés : discrimination, santé, couverture des soins, aides au logement, inégalités, État-Providence

le plan : 

1) Le travail : discriminations et santé au travail
2) La santé : enjeux, inégalités, prise en charge
3) Le logement : réflexion sur les APL


On s’appuie pour cette émission sur un livre : Philippe Askenazy avec Daniel Cohen et Claudia Senik ont publié Repenser le modèle social : 8 nouvelles questions d’économie. Ce livre comprend trois parties : « Mieux travailler », « Mieux vivre », « Mieux s’organiser ».
Askenazy : Ce livre a pour ambition de nourrir des réflexions durant la campagne présidentielle et de mettre en avant de grandes questions sociales : inégalités devant le travail, lutte contre l’obésité, choix du moment du premier enfant… et bien d’autres.

La discrimination est notamment un thème majeur : il y a un vrai problème qui se pose, lorsqu’on voit l’ampleur des discriminations à l’embauche par exemple : comment faire en sorte que le monde du travail ait moins peur de l’inconnu ? on est souvent soit dans l’idée que les personnes discriminées ne font pas tout leur possible, soit dans le fatalisme (le racisme, il existe et on ne peut rien y faire, il existera toujours) …
Pourtant Il y a bien sûr des solutions, déjà en œuvre mais à étoffer : CV anonymes, sensibilisation des recruteurs…
Jusot : La question de la santé est transversale : la prévention se fait aussi dans le travail. Il faut éviter les maladies professionnelles, les ruptures de carrière professionnelles pour raisons de santé (on a du mal à penser le retour au travail suite à ces maladies) …

Ceci nous amène à la question de la santé. L’obésité est un problème majeur. Elle concerne 16% des Français, il faut prévenir dès le plus jeune âge. C’est lié à une absence de contrôle des filières, mais aussi à notre système de santé très curatif (tourné vers les soins). Ainsi le monde hospitalier a un poids démesuré en France par rapport aux autres pays : plus de 50% des dépenses de santé sont hospitalières.

On ne peut que souligner le un lien étroit entre précarité énergétique et santé : se priver de chauffage ou avoir un taux d’effort élevé (et donc consacrer moins d’argent à d’autres dépenses) a des conséquences terribles sur la santé, et est générateur de dépenses de santé ultérieures.

On sait, par ailleurs, que 66% des gens éligibles à l’ACS (Aide pour une Complémentaire Santé) ne la touchent pas : on a le même problème qu’avec le RSA, les gens ne sont pas assez au courant des dispositifs. Il faudrait rendre le droit automatique.

La grande question en matière de santé, et qui revient donc dans les débats de la campagne, c’est : faut-il un système plus généreux ou faire mieux avec autant voire mieux avec moins ? Faut-il laisser une place aux complémentaires ? Quelle proportion des soins la sécurité sociale doit-elle rembourser ? Hamon veut rester à 76%. Mélenchon et Macron veulent 100%. Fillon souhaite 100% pour les gros risques. Le FN reste vague.
Les soins dentaires sont particulièrement problématiques car ils sont chers et très peu pris en charge par la sécurité sociale. C’est une question qui fait débat (voir les chirurgiens-dentistes qui manifestaient).

Askenazy : Dans notre livre nous abordons aussi la question de l’alimentation. En France on a une opposition hygiéniste portée par la santé et de l’autre côté une agriculture qui porte des filières qui lui portent préjudice. On n’arrive pas à construire une politique de santé publique cohérente autour de l’alimentation.

Madec : En ce qui concerne le logement, votre livre fait écho à la proposition de Fillon : les APL ne fonctionnent plus selon lui, elles sont forfaitaires, donc il faut la fusionner avec les minimas sociaux, pour arriver à une aide globale.
On dénonce beaucoup les phénomènes de captation de la part des bailleurs, mais actuellement on a un système de contrôle des loyers dans 28 agglomérations qui empêchent ces phénomènes : il y a eu des avancées.

Askenazy : Il est difficile de nier l’effet de rente généré par les APL. Elles constituent l’essentiel de l’aide de l’État (une grosse moitié, contre un gros tiers pour les avantages fiscaux pour les bailleurs privés et le reste pour le financement du logement social).
L’idée qu’il y a derrière le chapitre sur le logement dans notre livre, c’est que fusionner les APL avec le reste, c’est les rendre invisibles pour le bailleur ; aujourd’hui il les connaît et peut donc augmenter ses loyers sachant que son locataire touche des aides. Rappelons que plus de 40% des Français subissent un effort intensif pour payer le logement et certains se privent même de chauffage à cause du coût.
Madec : Le pouvoir « solvabilisateur » des APL est très important, malgré un certain phénomène de captation, et à force de vouloir la rendre invisible on va la faire disparaître…

Conclusion :
Askenazy : Le projet de notre livre est avant tout de briser certains tabous, notamment sur l’État-Providence français, de prendre conscience de ce qui ne va pas mais aussi de ce qui marche, et sortir des visions simplistes : la santé, le logement, le travail, tout est lié, il faut donc construire une politique cohérente qui corresponde aux besoins. 
Madec : Je voudrais juste rappeler, pour soutenir l’ampleur des enjeux, que les transferts en nature (éducation, logement, santé…) contribuent plus à la réduction des inégalités que les transferts monétaires (redistribution).

Trois chiffres :
Madec : 5 : L’INSEE a sorti un dossier sur la transmission des inégalités ; une personne dont le père est diplômé a 5 fois plus de chances d’être diplômé (3 pour la mère).
Askenazy : 0,3% : c’est l’augmentation de la productivité du travail aux États-Unis cette année (extrêmement faible).
Jusot : 41% : c’est le pourcentage des Français qui ne disposent pas de complémentaire ont dû renoncer à des soins dentaires au cours des 12 derniers mois, soit 18% de la population totale.

Un avis bref sur la qualité de l’émission :

des éléments intéressants mais conduire une réflexion à la fois sur le travail, le logement et la santé était peut-être un peu trop ambitieux par rapport au temps imparti. 

le lien vers l'émission: https://www.franceculture.fr/emissions/leconomie-en-questions/travail-logement-sante-priorite-la-question-sociale

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par INES CUSSET le 05 mars 2017 à 15:09

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