Sciences humaines

La religion est-elle un concept illusoire ?

Par INES CUSSET, publié le jeudi 5 janvier 2017 08:00 - Mis à jour le jeudi 5 janvier 2017 08:02

La religion offre une consolation à notre détresse et à notre angoisse, en laissant, notamment, espérer un au-delà après la mort.

Mais cette consolation a un prix : elle crée de l'illusion, dit Freud.

Freud propose dans l'Avenir d'une illusion un tableau optimiste de la fin des religions.

Il évoque la possibilité de surmonter notre angoisse en découvrant le "Dieu Logos", c'est-à-dire la parole — et selon toute vraisemblance, la parole psychanalytique.

Vous pouvez découvrir les linéaments de son intuition en suivant ce lien.

 

Ce lien sera actif jusqu'au 31 août 2019

 

 

 

Les représentations religieuses, qui se donnent pour des dogmes, ne sont pas des précipités d’expériences ni des résultats d’une pensée, ce sont des illusions, des accomplissements des désirs les plus anciens, les plus forts, les plus urgents de l’humanité ; le secret de leur force est la force de ces désirs. Nous savons déjà que c’est l’effrayante impression de désarroi chez l’enfant qui a suscité le désir de protection – protection par l’amour – qu’a comblé le père, et que c’est la notion de la persistance de ce désarroi tout au long de la vie qui a fait se raccrocher à l’existence d’un Père – mais désormais plus puissant. Du fait de l’action bienveillante de la providence divine, l’angoisse devant les dangers de la vie est apaisée, l’instauration d’un ordre éthique du monde assure que s’accomplisse l’exigence de justice restée si souvent inaccomplie au sein de la civilisation humaine, le prolongement de l’existence humaine par une vie future fournit le cadre spatial et temporel dans lequel sont censés avoir lieu ces accomplissements de désirs. Certaines réponses à des énigmes qui se posent au désir humain de savoir, comme celle de la naissance du monde et celle du rapport entre le corps et l’âme, sont développés selon les présupposés de ce système ; c’est un immense soulagement pour la psyché individuelle, lorsqu’elle est débarrassée des conflits infantiles issus du complexe du père et jamais entièrement surmontés, et qu’ils sont réorientés vers une solution admise par tous. »

Freud 

L’Avenir d’une illusion (1927), chapitre VI

traduction Bernard Lortholary,

éditions du Seuil, collection Points, 2011.

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